La parole est à vous ! Interview de la pharmacienne Annick Govaert

Nous continuons notre série d’interview de pharmaciens bruxellois, initiée il y a maintenant plus de deux ans. L’occasion de partager les expériences entre pharmaciens et, pour nous, d’enrichir nos connaissances pour mieux vous servir.

Pour cette nouvelle édition, nous avons choisi de mettre à l’honneur Annick Govaert, pharmacienne néerlandophone à Bruxelles, engagée dans notre Organe d’Administration (OA) au service du pharmacien bruxellois.

Elle nous explique les défis mais aussi, les opportunités auxquels fait face une pharmacienne pratiquant la langue de Vondel dans notre région. Elle nous partage également son expérience en tant que membre de notre union et de l’OA.

Bonjour Madame Govaert, merci d’accepter de répondre à ces questions.

Pour commencer, pourriez-vous me dire pourquoi votre choix s’est porté sur la profession de pharmacien ?

J’ai toujours été intéressée par les matières scientifiques et j’aimais aussi le contact social, je ne me voyais donc pas enfermée dans un laboratoire. D’un autre côté, étant fille d’indépendants, j’avais envie de monter ma propre entreprise. La profession de pharmacien répond parfaitement à ces trois aspirations.

Pourriez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours ?

J’ai complété mes études à la VUB en 1994 et on m’a proposé durant un jobday de devenir pharmacienne d’industrie pour la société Eli Lilly à Strasbourg. J’ai saisi cette opportunité pour améliorer mon français et découvrir de près l’industrie pharmaceutique.

Après un an dans l’industrie, je suis revenue en Belgique pour devenir pharmacienne adjointe dans une officine à Molenbeek puis à Anvers. Ensuite, j’ai rapidement voulu devenir titulaire et propriétaire de ma propre pharmacie. J’ai cherché une officine à reprendre à Malines mais, la ville était saturée. En 1996, j’ai finalement acheté une pharmacie à Bruxelles-Nord où j’exerce actuellement.

Vous avez donc exercé dans des contextes très diversifiés, quelles leçons en avez-vous tiré ?

À Malines, j’ai exercé dans un quartier assez aisé et, ça ne m’a pas vraiment plu. Certes, il est plus facile d’avoir un bon chiffre d’affaires mais, le respect de la part des patients est moindre. À Bruxelles la situation est plus difficile mais, c’est aussi stimulant car il faut trouver des manières inventives d’aider des patients au budget plus limité même si c’est aussi plus fatiguant. Le public est également plus varié.

Comment s’est déroulée la reprise de votre pharmacie ?

Il y a 27 ans, c’était une autre époque. Il existait un fond de participation qui aidait les nouveaux pharmaciens à se lancer. On pouvait aussi obtenir un prêt de 500 000 euros à la banque. Aujourd’hui, ce fond n’existe plus et les pharmaciens doivent amener un plus gros apport. La pharmacie ne constitue plus une garantie de revenus aussi fiable qu’avant à cause de la concurrence accrue des pharmacies en ligne et des parapharmacies.

Comment avez-vous rejoint pharmacy.brussels ?

Au début, j’étais membre du BAF (union néerlandophone du Brabant Flamand). À cette époque pharmacy.brussels n’était pas bilingue. Cependant le BAF n’est pas présent à Bruxelles. Or dès qu’on a un problème local (travaux dans la rue, question avec la commune), on se rend compte qu’il est essentiel de pouvoir compter sur une union qui connait son territoire. Une amie et collègue m’a convaincu de changer d’union et je suis très contente de ma décision, d’autant qu’il y a du progrès au niveau du bilinguisme !

Qu’est-ce qui vous a convaincue de rejoindre l’Organe d’Administration (OA) ?

Ann Herzeel, la co-présidente, est venue me voir et me l’a proposé. J’ai accepté car j’avais envie de partager des expériences et points de vue avec d’autres collègues. En voyant les différents dossiers traités par l’union, j’ai d’autant plus compris l’importance de choisir une union proche de chez soi.

J’ai également exercé la mission de trésorière pendant plusieurs années. La comptabilité n’étant pas ma matière de prédilection et le bilan étant en français, j’ai été heureuse de transférer cette mission à Julien Pignon.

Quoi qu’il en soit mon expérience à l’OA est positive. Nos discussions sont très productives et permettent de solutionner les problèmes du secteur de manière satisfaisante pour tout le monde.

Quelle est votre vision pour le futur de notre union ?

Ces dernières années, nous avons connus une période de grands bouleversements mais, nous sommes parvenus à en saisir les opportunités, en étant pionnier de la vaccination en officine par exemple. Parallèlement, l’union s’est beaucoup développée en interne avec notre nouveau logo, notre nouveau nom, l’agrandissement de l’équipe, des initiatives de formation comme les PAP, etc.

Je pense qu’il est désormais nécessaire de nous stabiliser et de privilégier une stratégie de long terme avec une meilleure sélection des priorités.

Et pour la profession ?

Bruxelles est un contexte très spécifique. Les choses sont plus complexes dans les grandes villes puisque l’étendue du territoire implique que les prestataires se connaissent moins entre eux.

Il arrive souvent que le patient aille chez le médecin pratiquant dans quartier voisin. Et même dans son propre secteur, communiquer entre prestataires demande beaucoup plus d’énergie que dans une petite ville où le pharmacien et le médecin iront plus vite boire un verre ensemble.

Les Concertations-Médico-Pharmaceutiques ainsi que des associations telles que Brusano et Huis voor Gezondheid (Bruzel) font beaucoup pour faciliter les collaborations mais, les outils ne sont pas toujours adaptés. Par exemple les softs ne sont pas compatibles ce qui nous oblige à toujours communiquer par téléphone.

Quelles sont les spécificités pour un pharmacien néerlandophone à Bruxelles ?

Une pharmacie bilingue va tendanciellement attirer plus de patients puisqu’avec le bouche-à-oreille, les patients néerlandophones finissent par savoir qu’ils seront accueillis dans leur langue. C’est donc un argument commercial intéressant.

Et par rapport à pharmacy.brussels ?

Lors des discussions au sein de l’OA, je parle principalement en français mais, c’est difficile de donner de la finesse à ses arguments. Heureusement, il y a toujours une solution, je peux parler en néerlandais dans certains cas, il y a toujours bien une personne pour traduire ou expliquer mes dires.

Avez-vous des idées pour améliorer notre service ?

Le service est bon et les formations sont intéressantes. Je pense cependant qu’il serait utile de communiquer plus proactivement sur la manière dont travaille l’Office de Tarification, particulièrement envers les nouveaux membres qui pourraient bénéficier de conseils et astuces. Peut-être en créant un guide ? * Cela faciliterait le travail de beaucoup de pharmaciens.

Une autre piste de développer des projets pour améliorer les compétences en gestion des jeunes diplômés. On peut facilement se faire avoir au début de sa carrière par des délégués commerciaux dont c’est la spécialité. Cependant je pense que la formation s’est améliorée depuis mon époque à ce niveau.

*Ajout de la rédaction : Un document avec des infos sur la tarification est à disposition de nos clients-OT via ce lien.